iPhones, ordinateurs, canettes, piles, monnaies, bijoux… Ces objets du quotidien sont fabriqués à partir de matériaux qui disparaissent lentement mais sûrement.


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Alors que ces ressources se raréfient et que la demande augmente – nous serons 9 milliards en 2050 – le scénario ne devient-il pas kafkaïen ? Pas nécessairement pour la Flandre.

 

Il y a les questions que l’on se pose peu : « D’où provient le plomb de mes piles, l’étain de ma canette ou encore le cuivre de mes pièces de monnaie ? » Et puis il y a les questions que l’on se pose encore moins, par exemple « Qu’est devenu mon téléphone le jour où il ne m’a plus servi ? » et « Où est passé l’écran que j’ai jeté ? » Ces objets qui révolutionnent notre quotidien sont pourtant constitués de pétrole, de gaz, de minéraux aux durées de vies limitées. 10 ans pour le hafnium qui est à la base de nos puces électroniques, 15 à 20 ans pour l’argent de nos bijoux, 20 à 30 ans pour le tantale à partir duquel nous fabriquons les lentilles de nos appareils photos et caméras… Des minéraux qui ne se trouvent pas en Europe. Leur extraction se fait loin de chez nous, avec parfois des conséquences graves sur la qualité de l’eau, la dégradation des sols, la pollution de l’air, sans oublier la santé des êtres humains qui y travaillent. Les prix sont volatiles aussi, les déchets difficiles à éliminer et pourtant, malgré cela, la demande ne cesse de croître, avec une population mondiale en plein boom, friande de nouvelles technologies, voire boulimique dans des pays comme le Japon, les Etats-Unis et l’Allemagne. Le scénario est kafkaïen, l’Europe toujours plus dépendante du monde extérieur, et notre environnement un territoire blessé proche du chaos. « Nous sommes arrivés au bout d’un modèle qui n’est bon ni pour l’économie européenne, ni pour la nature, assène Jan Verheyen, le porte-parole de l’Ovam, l’Agence Publique Flamande de Déchets.
« Nous devons revoir entièrement notre manière de penser, à commencer par cesser de voir les déchets comme un problème, poursuit-il, mais bien comme une ressource réutilisable et donc précieuse. »

 

Depuis trente ans en Flandre, l’Ovam est l’autorité en charge de la gestion des déchets et de l’assainissement des sols1. Pendant toutes ces années, ses 380 travailleurs, parmi lesquels des ingénieurs et des géologues, ont pu observer combien l’utilisation non durable des matériaux conduisait à de grands fl ux de déchets. « Au départ, l’Ovam servait surtout à réglementer. Mais dès 2008 on a complètement changé de stratégie. » Inspirée par les recherches récentes, il y a plusieurs années en partenariat avec des universités, des ONG, certaines entreprises et le gouvernement régional qu’elle représente et conseille à la fois, cette agence s’est lancée dans une stratégie de gestion durable des déchets fleurant bon l’innovation. Le recyclage en fait partie – donner une seconde vie à nos objets est indispensable dans un monde où les matériaux polluent et leurs constituants se raréfient – mais pas seulement. « Il nous fallait aller plus loin », ajoute Jan Verheyen. Et d’user de termes aussi sophistiqués que celui de cradle to cradle, un concept d’économie circulaire où les matériaux en fin de vie présents dans un produit pourraient être réutilisés pour fabriquer un autre produit. Un principe de circuit (presque) fermé qui inspire notamment ce qu’on appelle l’écologie industrielle et qui fonctionne depuis plusieurs années à Kalundborg au Danemark, où plusieurs entreprises voisines s’échangent leurs déchets. « En Belgique, nous essayons de développer ces mêmes flux entre entreprises, où chacune utiliserait les déchets de l’autre pour sa propre production », explique Jan Verheyen. De manière plus générale, l’agence réfl échit à un « Plan C » en réseau avec des politiques, des chefs d’entreprises et des représentants d’associations diverses. « Ensemble nous essayons d’avoir une vision sur le long terme, et de créer des objectifs pour les trente ou quarante prochaines années à venir. »

 

Parmi les autres stratégies innovantes proposées en Flandre, l’Ovam encourage l’eco-design (la conception durable) ou encore le chemical leasing, qui revient pour une entreprise à louer des produits chimiques à une compagnie de leasing sans avoir à se soucier des déchets occasionnés puisque c’est cette même compagnie qui se charge de les recycler avant de les louer à une autre entreprise. Enfin, dans le cadre d’un plan d’actions à réaliser d’ici 2020, l’agence fl amande a créé le SIS-toolkit qui existe en néerlandais et en anglais pour aider les compagnies à développer des projets durables innovants et à réduire leurs émissions de carbone.

 

« Si avant nous étions des contrôleurs, nous voulons aujourd’hui être des facilitateurs de la transition, résume Jan Verheyen. La collaboration est devenue le mot clé de notre manière de fonctionner, que ce soit avec le gouvernement ou avec les entreprises pour atteindre nos objectifs ». Voilà une recette efficace pour réduire, à la Flamande, les émissions de carbone !■

1. Le traitement des déchets et l’assainissement des sols pollués relèvent de la compétence des Régions en Belgique. Les autorités en la matière sont l’Openbare Vlaamse Afvalstoffenmaatschappij (OVAM) en Flandre, l’Offi ce Wallon des déchets (OWD) en Wallonie et Bruxelles Environnement – IBGE à Bruxelles.
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