« L’humanité se rapproche de la capacité limite de la Terre »


La science indique que « les pressions exercées sur les écosystèmes terrestres poussent ces derniers vers leurs limites biophysiques et que ces limites sont presque déjà atteintes. Dans certains cas, elles sont déjà dépassées ».

Tel est bilan alarmant que dresse « GEO-5 », le cinquième bilan quinquennal de l’état de la planète du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). « GEO-5 » est publié à deux semaines de l’assemblée générale extraordinaire des Nations unies qui se tiendra à Rio du 20 au 22 juin prochain. Le premier de ces bilans avait été publié avant la conférence de Rio de 1992, qui avait débouché sur les deux conventions internationales sur la protection du climat et de la biodiversité.

« GEO-5 » lance un avertissement très clair : « Si l’humanité ne modifie pas d’urgence ses façons de faire, plusieurs seuils critiques vont être franchis, au-delà desquels des changements abrupts et généralement irréversibles pour les fonctions de base de la vie sur Terre pourraient se produire. »

« Si cette situation perdure, si les structures actuelles de production et de consommation des ressources naturelles continuent de prévaloir et si rien n’est fait pour inverser la tendance, les gouvernements devront assumer la responsabilité d’un niveau de dégradation et de dommages sans précédent », indiquait de son côté Achim Steiner, le directeur général du PNUE.

Le bilan dressé par « GEO-5 » indique sur 90 objectifs majeurs, convenus par la communauté internationale, des progrès significatifs ont été accomplis dans seulement quatre de ces dossiers, soit la protection de la couche d’ozone, l’élimination du plomb dans l’essence, l’accès à une eau de meilleure qualité et l’intensification de la recherche sur la pollution des mers.

Des progrès « mitigés » ont été enregistrés dans l’atteinte de 40 autres objectifs, notamment par l’augmentation des aires protégées, qui couvrent 13 % des terres émergées, et la réduction du taux annuel de déforestation, qui est passé de 16 à 13 millions d’hectares entre 2000 et 2010.

Peu ou pas de progrès du tout caractérisent 24 autres objectifs que s’est aussi donnés la communauté internationale dans les dossiers touchant notamment le climat, les stocks de poissons, la lutte contre la désertification et les sécheresses. Dans huit autres des 90 dossiers prioritaires, « GEO-5 » constate même d’importantes détériorations de la situation, notamment dans le cas des récifs coralliens, pour lesquels il n’existe aucun bilan global. Dans 14 autres dossiers pourtant dotés eux aussi d’objectifs acceptés au niveau international, aucune conclusion n’a été possible faute de données, précise le rapport.

Dans certains domaines comme la très classique pollution chimique, précise « GEO-5 », la possibilité de dresser un bilan réaliste est tout simplement hors de portée parce que le nombre de produits chimiques ne cesse d’augmenter, que les gouvernements nationaux ne dressent aucun bilan pour tous les produits, y compris pour leurs sites les plus contaminés, et aussi parce que de nouveaux contaminants comme les nanoparticules ne font encore l’objet d’aucun bilan.

Bilans sectoriels

« GEO-5 » attribue à l’adoption d’objectifs et d’échéanciers précis les succès remportés dans la lutte contre les substances destructrices de la couche d’ozone et le plomb dans l’essence. Or c’est précisément ce qui manque, selon « GEO-5 », dans la lutte contre les changements climatiques : au rythme actuel et malgré les réductions d’émissions en Europe, la planète se dirige vers une augmentation de 3 °C de sa température moyenne d’ici la fin du siècle, ce qui pourrait lui coûter un peu plus de 2 % du PIB mondial. Et la tendance s’alourdit même : en 2010, le taux d’émissions lié à la combustion de pétrole et de charbon a atteint des records de tous les temps.

La pollution de l’air, un des premiers dossiers attaqués en environnement, continue de faire 2 millions de morts prématurées, dont 900 000 enfants de moins de cinq ans, en raison de l’usage de combustibles impropres dans les maisons. Globalement, les particules fines tuent 3,7 millions de personnes par an et le smog ajoute 700 000 morts pour cause de difficultés respiratoires, dont 75 % en Asie. Les pertes de récoltes agricoles pour cause de pollution de l’air coûteraient entre 14 et 26 milliards $US par année.

Le deuxième problème en importance ciblé en 1992, soit le déclin de la biodiversité, fait aussi l’objet d’un constat d’échec, car malgré l’adoption des Objectifs du millénaire en 2000, aucun ralentissement sensible de ce déclin n’a été atteint en 2010. Une espèce de vertébré sur cinq est actuellement menacée. Les facteurs de survie des récifs coralliens ont diminué de 38 %, le déclin record en matière de biodiversité. Parce que l’agriculture accapare désormais 30 % de la surface terrestre, plusieurs des grands écosystèmes ont perdu jusqu’à 20 % de leurs aires naturelles depuis 1980.

Par contre, les aires protégées par les gouvernements couvrent 13 % des surfaces émergentes, mais seulement 1,6 % des espaces marins. Il faudrait protéger 17 % et 10 % de ses aires naturelles d’ici 2020, selon la récente conférence d’Aicha au Japon.

Quant aux stocks de poissons, les captures ont quadruplé entre 1950 et 1990, mais on commence à les stabiliser, ce qui ne permet pas encore aux stocks de se reconstituer en raison des surpêches commerciales principalement. Plus de 60 % des espèces marines sont exploitées aux seuils de rupture et souvent au-delà.

Partout dans le monde, les nappes souterraines sont surutilisées tout comme les cours d’eau, dont les pollutions sont de moins en moins suivies par les gouvernements, y compris les nanoparticules qui y font leur apparition. Les inondations et les sécheresses extrêmes, qui menacent les réserves en eau, ont augmenté respectivement de 230 % et de 38 % entre 1980 et 2000, exacerbées par le réchauffement du climat.

 

À retenir

L’Amérique du Nord selon «GEO-5»

Les trois principaux facteurs de détérioration de l’environnement en Amérique du Nord sont la dépendance chronique au pétrole, et en particulier au charbon pour la production d’électricité (le 2e consommateur au monde),
les monocultures qui accaparent 74 % des surfaces cultivées pour huit espèces végétales,
et la consommation de viande, laquelle exige pour les élevages sept fois plus de céréales que ce que consomment directement les humains.

  • 80 % des populations nord-américaines sont urbaines. Une ville de 650 000 ha exige 3 millions d’hectares pour ses besoins, contre 280 000 ha pour une ville similaire en Inde.
  • La consommation de calories a ralenti, augmentant désormais d’un peu moins de 3 % par année, contre 4 % avant 2007.
  • La consommation en Amérique du Nord de biens importés de Chine correspond à de 8 à 12 % des émissions de GES de ce pays asiatique.
  • L’utilisation d’eau a triplé en 50 ans et les Nord-Américains ont l’empreinte aquatique la plus élevée au monde, avec 2798 m3 d’eau par année.

 

auteur : Louis-Gilles Francoeur, Le Devoir

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