Les rejets municipaux, pollueurs numéro 1


Les rejets dans les cours d’eau canadiens viennent surtout des usines d’épuration

Les rejets des usines d’épuration municipales au Canada, qui ne filtrent qu’une partie de leur charge polluante, constituaient en 2006 la principale cause de rejets dans les cours d’eau au Canada, selon le bilan de la pollution continentale publié hier par la Commission de coopération environnementale (CCE) de l’ALENA.

Des 256 polluants répertoriés dans les eaux canadiennes, les composés de nitrates et d’ammoniaque représentaient 90 % de la charge polluante totale au Canada. Québec a toujours attribué aux nitrates une importance secondaire par rapport au phosphore dans l’eutrophisation ou le vieillissement des cours d’eau, ce qui est loin d’être l’avis de la commission continentale. Les principales sources de nitrates sont les villes et l’agriculture par sa pollution diffuse des engrais et de la matière organique. Souvent, les rejets des usines d’épuration municipales sont supérieurs à ceux des plus grandes entreprises des États-Unis.

C’est notamment le cas de Toronto, qui domine le palmarès des villes canadiennes avec une charge globale de 20,1 millions de kilos, suivie par Calgary (9,3 millions), Ottawa (5,2 millions) et Vancouver (4,83 millions). Montréal, pourtant la deuxième ville canadienne, arrive au cinquième rang avec 4,8 millions de kilos. En comparaison, la première entreprise étasunienne en importance quant à ses rejets à l’eau a déclaré 11,9 millions de kilos en 2006, soit environ la moitié de Toronto.

Une autre surprise de ce bilan de la pollution réside dans l’importance des «rejets sur place par injection souterraine» de contaminants, une pratique répandue en Alberta mais interdite dans plusieurs autres provinces. Neuf entreprises sur les dix principales sont situées en Alberta. Des 163 polluants injectés dans le sol, le sulfure d’hydrogène représentait 68 % du total. Le rapport de la CCE précise que «les installations d’extraction de pétrole et de gaz, qui traitent le gaz dans les provinces de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, ont déclaré 99 % des rejets totaux par injection souterraine au Canada», principalement du sulfure d’hydrogène injecté dans des puits situés sous les nappes souterraines dans l’espoir qu’il ne refera pas surface un jour.

Le rapport efface pour de bon une autre légende urbaine: il indique en effet que les entreprises nord-américaines ont transféré 234 millions de kilos de polluants à des fins d’enfouissement ou de recyclage en 2006 d’un côté ou l’autre de la frontière. Une première surprise provient du fait que 73 % de ces transferts proviennent du Canada vers les États-Unis. Et on y apprend que l’extraction de pétrole et de gaz, avec les activités de soutien, «ont été à l’origine de plus de la moitié des rejets et transferts totaux au Canada en 2006», des rejets ou des transferts principalement de sulfure d’hydrogène.

Au Canada, 3200 établissements ont déclaré en 2006 des rejets ou des transferts totalisant 2,1 milliards de kilos pour 194 polluants. Aux États-Unis, 23 000 établissements, soit sept fois plus qu’ici, ont rejeté ou transféré un total qui fait moins du double du nôtre, soit 3,5 milliards de kilos touchant 491 polluants, ce qui soulève plusieurs questions sur la valeur des contrôles exercés par le Canada sur sa pollution.

 

auteur : Louis-Gilles Francoeur, Le Devoir

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